Les histoires pour enfants, ça n’existe pas.

« Ne fais pas l’enfant ! », « C’est un grand enfant… » ou même « Un jeu d’enfant » toutes ces expressions se basent sur un postulat simple : Un enfant, c’est un peu con. En creusant à travers les strates de souvenirs du garage de mes parents, j’ai déterré des livres qu’on m’a lu quand j’étais enfant. L’occasion de revenir sur un sujet qui m’intrigue, l’existence ou non de cette frontière entre l’innocence et l’âge de raison quand il s’agit de fiction.

Enfant ou Adulte

Où est la frontière ? Est-ce un âge, choisi légalement mais différemment en fonction de son pays d’origine ? En fonction de son degré de responsabilités ? Y a-t-il un jour où l’on se réveille en se disant « Ca y est, je suis adulte ! » (si c’est le cas, j’ai du trop dormir…) ? La limite est tellement difficile à définir que ce sont bien souvent les autres qui vont vous faire savoir de quel coté vous êtes. J’imagine ces « garants du savoir » seuls, le soir, chez eux. Le regard dans le vague, les larmes au bord des yeux, se demandant si eux même sont adultes alors qu’ils viennent d’éventrer un paquet de crocodiles Haribo. La frontière est tellement fragile qu’il suffit d’une phrase, d’un aveu, d’un rire pour qu’on vous la fasse traverser définitivement. Puni.

Comment alors définir ce qu’est « La fiction pour enfant ». A quelle tranche d’âge s’adresse t-elle ? Lire un livre « pour enfants » est-ce régressif et grave docteur ?

Les degrés de lecture

Une oeuvre bien construite, s’exprime sur plusieurs degrés de lecture, je ne vous apprend rien. La logique cependant veut que ces degrés de lecture soient de complexité croissante (puisque mieux dissimulés). En relisant les deux livres (pour enfants) présentés en photo dans cet article, les « morales » sautent aux yeux et me déclenchent de longs sourires satisfaits. Serait-ce donc cela, être adulte ? Savoir lire entre les lignes ? Et bien, ce serait trop simple, d’abord, une grande partie de ces références nous les voyions quand nous étions enfants, certaines morales de ces histoires ont même servi à créer qui nous sommes aujourd’hui. Celles que l’on ne saisissait pas ou que l’on ratait, nous étaient pointées du doigt par le lecteur, ou l’instituteurice. Si l’on réfléchit ainsi, c’est l’expérience qui fait de nous un « adulte » et celle ci ne fera qu’augmenter au long de notre vie. « On est adulte quand on est mort », disait l’autre. (ne cherchez pas, c’est une fausse citation)

Le problème avec ce raisonnement, c’est que je prend toujours autant de plaisir à tourner les pages de ces livres et à en contempler les images qu’à l’époque. Ces livres s’adressent à toutes et à tous. Il font sourire, tirent des larmes, font réfléchir. J’ai eu l’occasion de discuter plusieurs fois de ce sujet (la dernière avec David à la mp3@Paris) et je suis convaincu que tant qu’une oeuvre fait passer un message, elle s’adresse à tous ceux qui voudront l’entendre (Le Vaisseau inception). Pour l’avoir observé plusieurs fois, les enfants voient, lisent, comprennent les messages qui passent dans ces fictions. Ils posent des mots, expliquent, argumentent bien plus facilement parfois que des « adultes ». C’est le rôle de l’auteur d’écrire un texte qui parle, libre à lui de vouloir écrire sans le faire mais dans ce cas son travail ne sera pas une « fiction pour enfant » juste un « récit sans âme ».

Si l’on ne peut alors pas définir ce qu’est la fiction pour enfant, faut-il essayer de définir ce qu’est la fiction pour adultes ? Passé le (très bon) jeu de mots « la fiction pour adultes, mec, va sur youpo** je vais t’en montrer un tas ! », la fiction pour « adulte » n’existe pas plus. Et pourtant nous consommons tous de manière plus ou moins importante, culture, films, livres, séries, jeux vidéos… Les thèmes abordés sont les mêmes. Certaines histoires sont cependant plus ou moins adaptées à des « enfants » et c’est ici qu’on peut placer une limite s’il faut en placer une : Une fiction ne doit pas choquer un jeune public en abordant de manière crue un sujet. Est-ce pour autant la définition d’une « histoire pour enfant » ? Non. On ne peut pas définir (en sciences en tout cas) quelque chose par ce qu’il ne possède pas. Quant à savoir comment sont fixées les limites d’âge dans ces cas, sur une estimation (en moyenne d’âge) de l’expérience et de la capacité à…

Suspendre temporairement son incrédulité

Car il faut être capable d’accepter pour lire, pour regarder un film ou pour écouter une websérie sans image. Il faut accepter de se laisser plonger dans l’univers créé tant que celui-ci est stable et nous permet de le faire. L’expérience acquise (encore une fois) nous bloque parfois dans cette démarche, ce qui pourrait donner l’impression que l’on est « trop vieux pour ces conneries ». Un enfant est donc plus à même de suspendre son incrédulité qu’un adulte, on appelle cela couramment (et avec condescendance) la naïveté.

Il existe vraisemblablement une règle qui dit que la naïveté est réservée aux enfants et qu’un adulte ne doit exprimer ou ressentir de manière trop explicite ses sentiments. Donnons un exemple facile, c’est exactement ce qui va être reproché à ce que l’on appelle vulgairement aujourd’hui « la communauté geek » qui, après tout, n’est constituée que de « grand(e)s enfants » qui n’ont pas « honte d’afficher leur passion ». C’est très triste. C’est aussi très réducteur. Il faut toujours dire qu’on aime quelque chose (tant que c’est légal).

On peut tout a fait « être scientifique » et aimer la science-fiction, mais cela demande un travail supplémentaire. Accepter une oeuvre est un travail bien plus difficile au fur et à mesure de l’expérience qu’on acquiert, mais c’est un travail essentiel pour progresser. Comme dirait un autre grand sage (Confucius ou Blast, choisissez) « L’expérience est une lanterne attachée dans notre dosqui n’éclaire que le chemin parcouru. » Ca fait « ultra-adulte » de placer des références compliquées dans un article de blog.

Conclusion ?

Et bien, c’est une bonne question. Toute fiction ne sera pas à placer entre les mains de quelqu’un(e). Jeune ou pas, ouvert(e) ou pas, sensible ou pas. Par contre tout récit qui aborde respectueusement et correctement n’importe quel thème doit pouvoir être lu à tout moment de son existence. Parfois avec nostalgie, parfois avec recul, parfois avec insouciance. Prenez le temps, dans une librairie, dans votre famille, de relire l’une de ces histoire qui vous faisait tant rêver (Un Tigre dans la Théière), de regarder à nouveau ce film que vous avez vu 100 fois (Rox et Rouky). Vous verrez, les histoires pour enfants, ça n’existe pas !

 
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